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Cododo, cosleeping, sommeil partagé ... est-ce dangereux ?

Le sommeil partagé est un sujet qui divise. Avant d’entrer dans le vif du sujet, arrêtons-nous un instant sur les termes que nous allons évoquer au sein de cet article. Nous parlons de sommeil partagé lorsque l’espace de sommeil est partagé par tous : mère et bébé dorment ensemble dans la même chambre ou le même lit. Le cododo est le berceau accolé au lit parental. Le cosleeping est quant à lui le fait de partager le même lit avec son bébé.

Tout parent, qui a connu des nuits entrecoupées, sait combien il est éprouvant de maintenir ce rythme nuit après nuit. Mais le plus difficile est probablement de lutter contre les remarques de l’entourage, qui sous entend que bébé a un problème s’il ne fait pas ses nuits à 3 mois- 6 mois - 5kg (raye la mention inutile). Les pratiques en matière de sommeil sont généralement bien tranchées et nourries par les cultures sociétales et familiales. Si l’on fait un rapide tour du monde, on s’aperçoit rapidement que le sommeil partagé est une pratique répandue. En Suède, une étude (Bed-sharing among six-month-old infants in western Sweden in Acta Paediatrica 100(2):226-30 · February 2011) a démontré que 80% des bébés âgés de 6 mois partagent la chambre parentale. Les 20% restants dorment quant à eux…directement dans le lit parental ! On peut dire que c'est un 100% !!

De même l’étude Nelson effectuée en 2001, a analysé les pratiques internationales, en ce qui concerne le sommeil de l’enfant. Les résultats ont démontré que les bébés de 3 mois, dorment majoritairement dans le même environnement que leurs parents... presque partout... Voici quelques chiffres :

CHINE (CHONGPOING) : 99 % CHILI (SANTIAGO) : 95% SUÈDE (STOCKHOLM) : 97% ALLEMAGNE : 59% FRANCE : 36 %

A la lumière de ces données, nous pouvons observer qu’en France nous sommes sur un modèle distal, voire séparatiste. Il est intéressant de noter que ces pratiques prennent racines dans 3 grandes périodes :

  • Au Moyen-âge, devant le taux élevé de mort par étouffement, l’Eglise condamne la promiscuité. C’est ainsi qu’est né le berceau.

  • Au 20ème siècle, les médecins prônent la séparation en vue de limiter le risque de contamination microbienne.

  • Parallèlement, la psychanalyse intervient pour une mise à distance de l’enfant, afin d’empêcher la fusion incestueuse entre la mère et l’enfant. Sur la base des postulats comportementalistes (méthode issue de la théorie du conditionnement), l’idée qu’un bébé arrêtera de se réveiller la nuit si l’on ne répond plus à ses pleurs, a émergé. En somme cela revient à ignorer un comportement jugé inadapté.

Le sommeil de l’enfant est devenu un véritable étendard de la bonne parentalité : une “bonne” maman possède un bébé qui fait ses nuits et laisse ses parents mener une vie quasi semblable à celle d’avant sa conception. Le “laisser pleurer” est prôné par de nombreux livres, professionnels ou coachs familiaux. Or il est intéressant de mentionner qu’il y a très peu de troubles du sommeil dans les sociétés plus respectueuses des besoins de l’enfant.

ALORS QUE FAIRE ?

Une des premières alternatives serait de se rapprocher du maternage proximal (qui consiste à offrir une proximité et une écoute constante au bébé) et de s’adapter aux besoins du bébé, plutôt que de le forcer à changer pour correspondre à nos modes de vie. Les pleurs sont une alarme et non un comportement intentionnel pour gâcher la vie des parents. Il est normal que les bébés se réveillent et se nourrissent la nuit, pendant au moins la première année. Encourager les bébés à "dormir" avant qu'ils ne soient prêts, c’est leur faire emprunter des rythmes qui ne sont pas les leurs. D’ailleurs selon certaines recherches, l'entraînement au sommeil (méthodes Ferber, chrono-dodo, Wahlgreen…) peut perturber les relations parents-bébé et peut nuire à son développement social, émotionnel et comportemental. Le fait de dormir seul avant l'âge de 6 mois augmente le risque de mort subite chez le nourrisson, qui ne peut se caler sur la fréquence cardiaque de la mère. Des conséquences sont également à mentionner pour la conduite de l’allaitement, avec des tétées de nuit plus espacées, qui sont pourtant essentielles pour l’apprentissage et le calibrage de la lactation.

Pour pratiquer le sommeil partagé en toute sécurité, les professionnels de santé donnent les recommandations suivantes :


  • LE BÉBÉ DOIT DORMIR SUR UN MATELAS FERME, PAS DANS SUR UN CANAPÉ, COUSSIN D’ALLAITEMENT OU TRANSAT. LE LIT DOIT ÊTRE SANS TOUR DE LITS, DOUDOU, OREILLER… (RISQUE DE CONFINEMENT ET DE SUFFOCATION).

  • POUR LE COUVRIR, IL CONVIENT D’ADOPTER UNE GIGOTEUSE À LA BONNE TAILLE, PLUTÔT QU’UNE COUVERTURE OU UNE COUETTE.

  • LE BÉBÉ DOIT ÊTRE INSTALLÉ SUR LE DOS POUR DORMIR. IL NE DOIT PORTER AUCUN OBJET AUTOUR COU (COLLIER DE DENTITION, CHAÎNE…) ET SA TÊTE DOIT ÊTRE DÉGAGÉE (PAS DE BONNET).

  • PAS D’ESPACE ENTRE LE MATELAS ET LES PAROIS DU LIT OU ENTRE SON LIT ET LE LIT DES PARENTS.

  • AUCUN ANIMAL DANS LA CHAMBRE OÙ DORT LE BÉBÉ.

  • LA TEMPÉRATURE IDÉALE DE LA CHAMBRE EST 19°.

  • NE PAS S’ENDORMIR AVEC UN BÉBÉ DANS LES BRAS (RISQUE DE CHUTE) DANS UN CANAPÉ OU UN FAUTEUIL.

  • IL EST PRÉFÉRABLE QUE LE BÉBÉ DORME DU DU CÔTÉ MATERNEL, CAR LE CERVEAU DE LA MÈRE EST IMPRÉGNÉ DES HORMONES DE L’ALLAITEMENT. ELLE GUETTE LE MOINDRE BRUIT OU LA MOINDRE AGITATION DE SON BÉBÉ, TANDIS QUE LE PÈRE DORT D’UN SOMMEIL PLUS PROFOND.

  • LES PARENTS NE DOIVENT PAS ÊTRE SOUS L’EMPRISE D’ALCOOL, DE TABAC, MÉDICAMENTS, DROGUES OU D’UNE TRÈS GRANDE FATIGUE.

  • IL EST PRÉFÉRABLE D’UTILISER UN DISPOSITIF DE CODODO POUR LES PARENTS SOUFFRANT D’UNE MALADIE GRAVE OU D’OBÉSITÉ IMPORTANTE.


En conclusion, contrairement à l’idée qui a été véhiculée pendant des années, le sommeil partagé organisé avec bon sens n’est pas dangereux. Quel que soit le type de maternage emprunté il est important de garder en tête que les troubles du sommeil sont des problématiques temporaires. Etre à l’écoute des besoins du bébé est primordial, pour construire un futur petit adulte épanoui et reconnu dans sa fonction première d’individu. Pour méditer, je vous laisse avec cette citation :



Laisser le bébé pleurer (mais “pas trop”, comme si ça se dosait, ces choses-là !) est le conseil le plus fréquent donné aux parents désespérés qui auraient voulu trouver quelque chose de plus respectueux, et qui veulent aussi dormir ! La continuité est la seule vraie nécessité : à nous de trouver les solutions à partir de là. Si nous pouvions ne serait-ce que dormir et nous réveiller quand notre corps en profite au mieux , la plupart des médecins seraient au chômage. Notre société changerait radicalement de visage. Le respect des petits serait au cœur de nos vies et les vies actuelles seraient inenvisageables ! – Valérie Vayer


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